Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur


Tu parles d’une accroche ! Canicule et vieilles dentelles !

Moi, Luc Mandoline, thanato de profession et détective à mes heures j’en ai vu de toutes les couleurs. Coups de chaleur, de blues, d’escopettes, de Jarnac… j’en passe et des meilleures.

Tu veux que je te dise ? Quand la canicule est là comment veux-tu ? Et puis en ce qui concerne les vieilles dentelles il ne fallait pas « Calais » !

Heureusement que les potes sont venus à la rescousse.

Claude Vasseur

Claude VasseurCertains me demandent régulièrement d’écrire quelques mots sur Claude. Sa naissance, sa vie, son œuvre… bref une biographie non exhaustive de celui qui fut mais qui n’est plus…

Comme il le souligne lui-même, j’ouvre un aparté afin de montrer qu’il reste vivant en nos cœurs meurtris en employant ce présent qui tant le faisait bander, ce cochon. Comme il le souligne : le passé ? Chaque fois que j’y pense j’ai de la nostalgie plein la trompette. Des effets d’enfance me reviennent, envahissent mon esprit, et me serrent si fort le cœur que ces idées d’un autre âge me le mettent au bord des lèvres. Le futur ? Je n’ose pas y penser trop flou, trop incertain, trop rien…

Mais il est sûr que passé, présent, ou futur, ce ne fut, ce n’est ou sera, peut-être, que des jours qui s’allongent derrière des jours. Lents. Gras. Insipides. Gris. Sans saveur. Enrayés par la vison étroite de cons temporains. Oblitérés par le savoir des ignorants donneurs de leçons. Chahutés par ceux qui savent et qui le montrent en gonflant leurs poitrails de coqs atrophiés. Des jours donc. Mis bout à bout.

Claude, né ce jour de septembre 1964, rappelle avec malice que les boules de ce Noël 1963 n’étaient pas là que pour le décor et que tout ceci lui a permis de naître trois siècles après une bière de renom. Bière, je tiens à le signaler, que nous avons fermée à l’aide de superbes clous en forme de capsules poinçonnées.

Dés le départ Claude rame pour réussir. Contre les gens, toujours à l’asticoter (dire que ces derniers, les asticots bien sûr, n’auront pas loisir d’un dernier banquet puisque l’incinération est de mise), le contrarier, lui chercher des poux dans la tête alors qu’il perd ses cheveux très tôt. Il lutte, car la vie est dure, contre : les profs, les systèmes, les autorités, les chieurs, les emmerdeurs, les bien pensants, les responsables d’entreprises… bref contre tous ceux qui l’empêchent d’être peinard.

« Dans le fond, je suis un contemplatif, un rêveur timide, un fainéant contrarié… Je dois me lever tous les matins pour gagner quelques fifrelins que des mecs s’empressent de me voler dans mon portefeuille en me donnant toutes les bonnes raisons du monde, tandis que d’autres me traitent de bon à rien… t’y comprends quelque chose, toi ? »

Marié, deux filles, Claude passe sa vie dans un bounous !"lot non voulu « mais, comme des tas de gens qui n’ont pas le choix. T’en connais beaucoup, qui aiment leur taf ? » Cependant il se refuse à être un exemple. Il vit une vie. Puis basta. Un peu d’air volé à des marchands qui n’ont pas encore réussi à la taxer et l’affaire est faite.

Son bonheur ? Planter des arbres « quand on aura enfin compris que notre présence n’est pas souhaitée, nous, les Hommes, ferons un grand bien à la nature en disparaissant car elle peut très bien se passer de nous ! » Il reste le chien et les chats « eux ne calculent pas comme les bipèdes. Ils t’aiment ou pas. Point à la ligne. Quand t’as gagné leur confiance, c’est pour la vie sans aucune remise en question de leurs côtés… »

Dans cette longue enfilade de perles quantifiées à 24 heures, dans ce long couloir sombre des années mises cul à cul, dans cette nuit sans nom que tous nous appelons une vie, des portes s’ouvrent. Rarement mais à chaque fois un type bien bloque l’huis d’un pied ferme afin que la lumière de la pièce éclaire le passage. Celui-ci l’aide à obtenir son diplôme, celui-là le fait entrer à la Voix du Nord, journal pour lequel il bosse des années durant comme correspondant local de presse, un autre lui permet de rentrer dans une grande famille de travail. Mais là, comme dans toutes les familles il n’y a souvent que couteaux tirés, troisième couteau et couteaux de cuisine internes qui coupent la vie en tranches bien saignantes... Celui-là encore qui lui fait confiance pour son premier bouquin… Autant de visages, additionnés à très peu d’autres, qui parfois esquissent un fond d’espoir sur l’espèce humaine…

Nous sommes réunis ici pour saluer Claude. Certes l’assistance est à sa portion congrue et c’est tant mieux car il ne faudrait pas que les pisse-froids, les sans gêne, les enfoirés qui lui pourrissent sa vie, les salauds qui savent mieux que quiconque ce dont il a besoin pour vivre et comment faire pour l’obtenir à « tout prix », les empêcheurs de vivre relax, tous ceux qui lui délivrent du fiel en petite quantité chaque jour… pointent leurs sales museaux de fouines perverses en cet instant. Claude n’est pas un saint mais nom d’une pipe ( !) son chemin de croix se termine ; en ce jour merveilleux ne lui jetons pas la pierre tombale trop vite car malgré sa dernière volonté il aura réussi à faire son trou.

Ni Fleur de Bière

Ni couronnes dentaires

Ni plaque d’identité.

Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur

 … Le plus beau est quand même le corps du légiste. Il est écroulé sur les restes du type en cours d’autopsie. Vautré sur les membres coupés, son nez trempe dans les entrailles faisandées. Ses besicles, posées sur le pubis du défunt, forment une figure digne de Hara-Kiri. Marcel va pour s’élancer. Un bras vigoureux le retient et l’empêche d’aller plus avant.
- Vous êtes fou ! Lâchez moi !
- Pourquoi donc ?
- Mais pour prêter secours au doc !
- C’est inutile ! Il est mort !
- Ah bon vous voyez cela d’ici vous ?
- Oui ! Il ne bouge plus… c’est sans doute dû au scalpel effilé qui me sert à entailler les chairs et qui sort de son cou. Regardez, au niveau des cervicales… 
Qui ne se souvient pas des dégâts occasionnés par la canicule de 2003 et l’augmentation vertigineuse du nombre des décès (15 000) ? Luc Mandoline a officié durant cette canicule. Surplus de travail pour notre embaumeur, il travaille dans un entrepôt de chevillard réquisitionné pour l’occasion ! Seulement, toutes les morts ne sont pas naturelles, encore moins celle du légiste… Entre des gendarmes un peu trop tatillons, des vieillards priapiques ou nymphomanes, une mafia venue de l’Est et des secrets bien gardés qui resurgissent du passé, Claude Vasseur nous emmène dans un polar argotique bourré d’humour.
   
Jeu de massacre au château, le nouveau roman de Claude Vasseur - sortie novembre 2011

 … Je vois un fauteuil immense, de dos. Au travers j’aperçois, ayant perforé la toile, un tisonnier avec un angle qui donne tout loisir au sang de couler vers le sol. Un peu de tripaille est encore accrochée à l’arme improvisée. Le précieux liquide a formé une fl aque puis, farceur, s’est mis à rigoler vers la porte. La soubrette qui venait apporter la bouteille a dû connaître la frayeur de sa vie. Je poursuis mon odyssée et découvre les traits du supplicié. Il s’agit de Firmin Finaud. Il n’avait pas tort, quand il pensait que quelqu’un en voulait à sa peau. Son compte est bel et bien réglé… 
Un château au fin fond du Pas-de-Calais : alors que souffle la tempête, la famille Soularbre est au grand complet. Madame Mère a réuni ses héritiers, mais la nouvelle qu’elle comptait leur annoncer n’est plus d’actualité. On vient de découvrir le notaire de la famille poignardé dans sa chambre. Heureusement Balthazar Weppes, le seul et unique détective privé de Saint-Pol-sur-Ternoise, est sur place. Et sa réputation n’est plus à faire…
   
Balthazar Weppes de Claude Vasseur

 … Derrière une grange abandonnée, dans un recoin bien planqué, je découvre la preuve que quelqu’un de malveillant est venu. Un chien ensanglanté gît sur le sol. Il a un trou béant dans la carcasse et ce trou ne peut venir que d’une arme à feu. Je m’approche avec l’idée de conduire l’animal chez Jean Joseph, un vétérinaire aux mains d’or qui me donnera la balle. Étant donné qu’il n’y a pas de trou de sortie, le morceau de métal est encore à l’intérieur de la viande. Un morceau d’étoffe sur le siège et roule ma poule. Direction Saint-Pol… 
Les Bleus jouent la Coupe du monde de foot et moi, Balthazar Weppes, je crève de chaud sous la canicule à Saint-Pol-sur-Ternoise, Pas-de-Calais. J’essaie de deviner qui pouvait bien en vouloir à Albert Dubec, pauvre pêcheur retrouvé noyé dans la rivière. Il devait avoir des ennemis, Albert. Depuis que je m’intéresse à son cas, tous les malfaisants du coin me cherchent des noises. À commencer par les gendarmes qui n’ont vraiment que ça à faire… Leur zèle frise l’acharnement.